IX. Problèmes maritaux

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Laissant l'eau couler le long de sa nuque, Greg ferma les yeux et posa son front contre les carreaux froids du mur de sa douche. Inspirer, expirer. Tout irait bien. 

Il revoyait encore le visage de la petite fille. Figée d'horreur pour l'éternité, baignant dans son sang. Elle avait cinq ans. Toute petite, encore dans son pyjama avec son lapin doudou. 

Ils avaient retrouvé le corps en morceaux dans une poubelle. Emballé dans un sac plastique. 

Finalement, l'inspecteur finit par sortir de sa douche, frissonnant malgré la température ambiante de la pièce. Son métier le rendait complétement HS parfois. 

Et même s'il s'était habitué à la violence au bout d'un certain temps, ses nuits étaient toujours hantées de cauchemars. Qui revenaient de plus en plus fréquemment ces temps-ci. 

Une fois sec, le policier enfila son pyjama et partit directement se coucher. Une fois la porte de sa chambre fermée, il sentit que son corps n'avait pas encore évacué toute l'adrénaline, et il se mit à laisser ses pensées divaguer. 

Le siège conducteur de la Bentley qu'il n'avait toujours pas rendu à Mycroft s'était déréglé et il n'avait pas compris comment le remettre à la bonne place. Son PC à Scotland Yard qui n'avait toujours pas finit sa mise à jour Windows. 

Sa femme qui savait qu'il savait pour l'amant de l'autre fois et qui l'évitait depuis. Les restes d'une lasagne surgelée qui pourrissaient dans un coin du frigo. 

Sherlock, qui était maintenant accompagné de John sur les scènes de crime. Un type sympa John, qui semblait trouver le détective consultant fascinant. Il fallait de tout pour faire un monde... 

Le frère dudit détective, qui avait rit lorsque Gregory l'avait remarqué à haute voix. 

Sa formation à Liverpool qu'il devait effectuer le lendemain pour une durée d'une semaine. Merde. Sa formation. Il n'avait pas prévenu Sherlock. 

Se levant de son lit un peu trop brusquement, il fallut un instant à l'inspecteur pour que sa tête arrête de tourner. Une fois sur pieds, il retourna dans la cuisine où il avait laissé son téléphone et ouvrit ses SMS. 

-Qu'est-ce que tu fais ? 

Daisy venait d'apparaître dans l'entrée, son sac de sport sur une épaule. 

-Rien. T'es rentrée de la gym ? 

-Ah ! s'exclama sa femme en roulant des yeux. Tu mens. Tu n'as jamais su mentir. C'est qui ? 

-Sherlock. Le gars que tu trouves bizarre. 

-Il a bon dos Sherlock. C'est qui ? 

Gregory reçut soudain une notification, l'informant que sa batterie était déchargée. 

-Mais en plus elle te spamme cette pute ! siffla Daisy en s'approchant. Donne ! 

-"Elle" ? Mais pas du tout, c'est ma batterie qu'est déchargée ! T'es malade, répliqua l'inspecteur en mettant son téléphone hors de portée de sa femme. 

-Bah oui, c'est moi qui suis folle maintenant ! Bien sûr que ta batterie est déchargée imbécile, à force de lui envoyer des messages, à ta chérie ! 

-Mais puisque je te dis que c'est Sherlock ! 

Prouvant son point, Gregory tendit son portable à sa femme, qui l'examina avec répugnance. 

-C'est qui Sally ? 

-Mon sergent. Tu peux vérifier la conversation, on parle que du travail. 

Baissant les yeux sur l'écran, Daisy fit tranquillement défiler les messages de son mari, avec une expression de neutralité immobile. 

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-J'ai compris. 

Soupirant mentalement, l'inspecteur tendit la main pour qu'on lui rende son téléphone. 

-Vous communiquez avec un code. 

-Quoi ? 

-Cette Sally. Excuse-moi, mais quand je lis, "réunion demain à neuf heure", je sais très bien que cette réunion risque de se passer dans un hôtel loin des autres pendant une heure ou deux ! 

Il fallut un instant au policier pour qu'il comprenne. 

-Mais... je ne te trompe pas ! 

Prise d'un éclat de rire hystérique, Daisy rejeta une mèche de cheveux blonds en arrière. 

-Bien sûr que tu "ne me trompes pas", dit-elle en mimant des guillemets avec ses doigts. T'allais pas me l'avouer comme ça ! Franchement, pour un détective ça fait vraiment pitié d'être à ce point peu discret. 

-Je ne te trompe pas ! rugit soudain Gregory qui commençait à perdre patience. C'était le jour de la réunion annuelle de tous les DI et leurs sergents !

-Ah parce qu'en plus vous le faîtes à plusieurs ? 

-Ça suffit ! 

Sa main tremblante sur le comptoir, le policier inspira lentement pour se calmer.

A côté, Daisy avait commencé à sangloter soudainement. 

-Je vais dormir chez Anna, bredouilla cette dernière en sortant son téléphone. Oui, allô ? Je peux pas rester, il a fait que de crier depuis que je suis rentrée. Il monopolise la parole depuis une demi-heure. Je, je sais pas si je suis en sécurité... d'accord. A toute à l'heure. 

-D-Daisy ? murmura Gregory soudain prit de court. Je-

-T'approches pas ! On peut pas te parler quand t'es comme ça. T'es complétement dérangé mon pauvre...

Sur ce, elle claqua la porte et sortit, laissant l'inspecteur seul. Après quelques instants passés à essayer de regagner ses esprits,  il ralluma son téléphone, que Daisy avait fait tomber par terre dans son départ précipité. 

Batterie insuffisante, afficha l'objet avant de s'éteindre. 

Le laissant une nouvelle fois sur le comptoir, Gregory retourna dans sa chambre, tellement fatigué qu'il savait qu'une nuit de sommeil ne serait pas suffisante. 

****

-Comment trouves-tu Liverpool ? 

La voix de Mycroft fit sourire Gregory. 

-Pas mal, mais pas aussi bien que Londres ! Comment ça va là bas d'ailleurs ? 

-Plutôt bien dans l'ensemble je suppose, mais je ne parle que pour moi. Alors, cette formation ? 

-Chiant, répondit laconiquement le DI en remerciant silencieusement le barista du café dans lequel il se trouvait. Trop de mots du genre management et stratégie de communication qui me sont passées entre deux oreilles. 

-Hum, je vois le genre. J'en ai eu pour mon propre compte. 

-Sérieux ? Est-ce qu'ils vous ont tous regroupés dans une pièce et vous ont fait faire des jeux de rôles ? 

-Mon dieu, c'est pire que ce que je croyais ! ria la voix du politicien depuis le conduit téléphonique. Je n'ose imaginer ce qui se serait passé s'ils avaient eu la bonne idée de tous nous regrouper. 

-Drame au MI-5, une cinquantaine de fonctionnaires d'états morts, une trentaine portés disparus... 

-Tu rigoles mais c'est ce qui se serait passé. 

-Mycroft Holmes incapable de sauver la situation ? Impossible ! taquina Gregory en s'asseyant à une table dans un coin. Impensable ! 

-Ta confiance me fait plaisir mais je me dois de te prévenir qu'elle est un peu mal placée... 

-Bah ! N'importe quoi. Comment va Sherlock ? J'ai pas eu le temps de le prévenir que je partais. 

-Roulé en boule dans son fauteuil en attendant ton retour. 

-Tu déconnes ! 

-Son équivalent tout du moins, assura Mycroft qui claqua une porte de voiture de là où il était. C'est un certain Dimmock qui l'a prit en charge, et le pauvre homme semble avoir prit vingt ans. 

-D'où viennent mes cheveux gris à ton avis ? Je croyais que tu étais un génie ! 

Le politicien pouffa suffisamment fort pour qu'on l'entende au téléphone avant qu'un bruit de clés se fasse entendre. 

-Enfin. Tu dois rentrer vendredi, c'est ça ?

-T'as été vérifier ? demanda Gregory avec un sourire tellement grand que le politicien dû sûrement l'entendre. 

-Peut-être... 

-Ah ! Espèce de mafieux. 

-Je pensais qu'on en avait finit avec toutes ses histoires. 

-La politique, la mafia, c'est kif-kif pareil ! Vous êtes tous les mêmes. 

Mycroft feint le choc. 

-Ma confiance en toi est détruite à jamais Gregory. 

Un sourire béta apparut sur les traits du policier. Comme à chaque fois que son ami l'appelait par son prénom en fait. 

-Non ? Malheur, que puis-je faire pour me racheter ? 

-Je ne sais pas, il va falloir que j'y réfléchisse... murmura Mycroft d'une voix légèrement dangereuse. 

-Mon dieu, je suis foutu là, nan ?  

-On peut dire ça. En attendant, j'espère que tu représenteras dignement les gendarmes de Sa Majesté durant ta formation. Même si je ne m'inquiètes pas trop. 

-Ah ! ça me fait penser à ce que le commissaire divisionnaire m'a sortit l'autre jour ! Un truc du genre "tout l'honneur de Scotland Yard dépend de vous M. Lestrade". Les autres se sont foutus de moi pendant toute la journée. 

-Je ne vois pas pourquoi, tu es de loin l'officier le plus compétent de la police nationale...

-Arrête de me flatter, ça marche peut-être avec le premier ministre mais pas avec moi !

-Tu imagines que c'est moi qui flatte le premier ministre et pas l'inverse, répondit Mycroft sur un ton qui laissa le DI se faire sa propre idée sur la situation. En attendant, je dois malheureusement te laisser, une réunion avec les chinois...

-T'inquiètes, je comprends. Essaye d'éviter la guerre mondiale hein ?  

-Je vais bien essayer. Passe à la maison vendredi, veux tu ? Je te laisse te reposer jeudi. 

Après avoir raccroché, Gregory se rendit soudain compte qu'il n'avait jamais précisé quand finissait sa formation. Il retint un sourire, ragea son portable dans sa poche et retourna aux quartiers de police de Liverpool où se déroulait sa formation. 

La semaine s'annonçait soudain bien plus agréable !  

L'envers du décorOù les histoires vivent. Découvrez maintenant