Chapitre 27

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Emmitouflée dans la cape du Seigneur, elle attendait, les yeux rivés sur la porte. Il lui avait promis, avant qu'on ne la ramène dans sa cellule, qu'il viendrait lui rendre visite. Alors elle s'était interdite de s'endormir tant qu'il n'était pas venu la voir. Elle restait concentrée sur le moindre bruit provenant de l'extérieur, autant par inquiétude que pour éviter à son esprit d'imaginer mille et une choses sur la prochaine épreuve.

Mais même si elle l'attendait avec impatience et se redressait au moindre bruit de pas devant sa porte, elle craignait qu'il s'agisse de quelqu'un d'autre que lui qui vienne lui rendre visite. Quelqu'un avec des intentions beaucoup moins bonnes.

Quelqu'un s'arrêta devant sa cellule. Elle devint droite comme un piquet et fixait la porte qui s'ouvrait, le cœur battant la chamade. Elle reconnut immédiatement l'aura imposante du Seigneur et soupira de soulagement.

« Je ne te réveille pas j'espère, fit-il à voix basse en refermant la porte derrière lui.

–Non, ne vous inquiétez pas. Je pense beaucoup trop pour dormir.

–Je t'ai ramené un nouveau haut, déclara-t-il en posant le vêtement sur le tabouret. L'actuel n'est plus en très bon état. »

Elle lui répondit par un fin sourire. Il ne restait que des cendres de sa manche gauche.

« J'ai vraiment eu peur lorsque tu t'es mise à courir vers lui, reprit-il en s'asseyant par terre, en face d'elle. Je crois que c'est la première fois que je vois Karsten et Cale prier autant pour quelqu'un. Et Harden énumérait à voix basse des conseils pour t'aider à vaincre cette créature. Il espérait sans doute que tu l'entendes.

–Ça m'aurait bien aidé de pouvoir l'entendre, commenta-t-elle en souriant faiblement, imaginant la tête que les chevaliers avaient bien pu faire. D'ailleurs, je dois vous remercier. C'est grâce à vous si j'ai réussi à gagner un peu de temps. »

Le Seigneur lui adressa un regard complice.

« Je n'ai fait qu'adresser mes derniers mots à ma concubine. »

Elle pencha la tête sur le côté en levant un sourcil.

« Seulement officiellement, répliqua-t-elle. Officieusement, je pense que vous m'avez sauvé la vie.

–Ce n'est pas moi qui t'ai conseillé de mettre le feu à ce truc. »

Elle fronça les sourcils. Non, en effet, ce n'était pas lui, mais une voix dont elle ne connaissait toujours pas la nature. Peut-être devenait-elle vraiment folle finalement.

« Non c'est vrai, et je me suis fait peur toute seule à cause de cette idée. »

Le Seigneur laissa échapper un petit rire.

« Tu sais ce qu'a dit Cale lorsqu'il t'a vu glisser entre les jambes du Tömörgis avec le bras en feu ? Que tu avais les plus grandes couilles qu'il n'ait jamais vu. »

Daphné se mit à rougir et à rire doucement. Elle l'imaginait parfaitement dire quelque chose comme ça.

« Et tu sais quoi ? Continua-t-il en se mettant un peu plus à l'aise. Je me suis senti tellement fier et heureux en voyant le sourire d'Asneus Rauveron se décomposer lorsque la bête a pris feu. Je donnerai tout pour revoir ça.

–Si vous voulez mais vous devrez donner quelqu'un d'autre en pâture à ce monstre, répliqua-t-elle, j'ai assez donné. »

Ils se mirent à rire tous les deux mais cette joie passagère s'estompa trop rapidement au goût de Daphné, parce qu'elle n'avait qu'une chose en tête. La prochaine épreuve.

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« Auriez-vous la moindre information sur l'épreuve de demain ? L'interrogea-t-elle. »

Il secoua la tête.

« Malheureusement non. Tout à l'heure, je n'ai su ce que tu allais affronter seulement quelques minutes avant ton arrivée. Je ne pourrais t'aider que juste avant l'épreuve. Je suis navré.

–Ça n'est pas votre faute. Je suppose que je vais passer la nuit à ronger mon freint.

–Est-ce qu'ils t'ont laissé tes pouvoirs ? »

Elle acquiesça.

« Je ne peux toujours pas Voyager ni les utiliser contre quelqu'un ici mais au moins ils ont le mérite d'être là. »

Le regard du Seigneur se perdit dans le vide. Elle l'admira un instant, son visage n'étant illuminé que par la petite boule de lumière qu'elle avait fait apparaître plus tôt. Elle se rendit compte seulement maintenant à quel point il avait l'air fatigué et soucieux.

« Je sais quelque chose cependant, déclara-t-il en levant les yeux vers elle. Ils vont te faire passer les deux autres épreuves à la suite demain. Et j'avais quelque chose à te demander. Lorsque les épreuves seront terminées, est-ce que tu souhaites rester ici pour parler avec le conseiller Obrius ou voudrais-tu que nous partions sur le champ ? »

Daphné prit un instant pour réfléchir. Avec tout ça, elle n'avait pas pu parler de ses rêves ni même demander le moindre conseil. Mais elle ne faisait plus confiance à ces mages. Alors voulait-elle risquer de se faire de nouveau attaquer, elle ou les autres, simplement pour quelques questions ?

« Je ne souhaite pas rester, répondit-elle finalement. Nous sommes en danger ici, c'était une erreur de venir.

–Comme tu voudras. Je vais m'assurer de récupérer toutes tes affaires cette nuit et nous partirons dès que tu auras passé la troisième épreuve. Es-tu vraiment sûre de ne pas vouloir poser tes questions ? »

Elle secoua la tête.

« Je me débrouillerai toute seule, ne vous inquiétez pas.

–Bien, si c'est ce que tu souhaites. Tes désirs sont des ordres. »

Elle restait persuadée qu'il s'agissait de la meilleure décision à prendre pour tout le monde. Il était évident, même si elle reportait les trois épreuves, qu'ils n'étaient pas les bienvenus à la Tour et ne le seraient jamais. Il ne servait à rien de rester pour rien. Daphné devait faire le deuil de cette image de famille qu'elle s'était dépeinte avant d'arriver.

« Je ne vais pas pouvoir rester trop longtemps, annonça finalement le Seigneur, je suis surveillé. Mais je tenais à te dire que j'ai été très impressionné par ce que tu as fait aujourd'hui. Je suis fier de toi, je voulais que tu le saches. »

Elle leva les yeux vers lui, des larmes menaçaient de s'échapper. Jamais personne ne lui avait dit une chose pareille, pas même ses parents.

« Merci. »

Ce fut la seule chose qu'elle réussit à articuler sans pleurer et sans que sa voix ne tremble. Le Seigneur lui accorda un signe de tête entendu et se remit sur ses pieds. Daphné l'imita en resserrant les pans de la cape autour d'elle.

« Monseigneur, l'appela-t-elle alors qu'il s'apprêtait à frapper, pourriez-vous dire aux garçons que je pense à eux. Et remerciez Cale pour... eh bien... ce qu'il a dit. »

Le Seigneur parut amusé.

« Ce sera fait. »

Il frappa, on lui ouvrit la porte. Il lui lança un dernier regard avant de disparaître dans le couloir. Alors elle fut de nouveau seule dans sa cellule. Accompagnée du froid, de l'humidité et de ses pensées.

Comme un pétale de roseOù les histoires vivent. Découvrez maintenant