FATIMA ZAHRA.
Le réveil n'aura pas émis sa troisième tonalité que je posai pieds à terre. Je m'étirai voluptueusement avant de m'étaler de nouveau dos au lit dans un grand soupir d'aise. Un miaulement me fis relever du matelas, je pris la boule de poil pour lui caresser son beau pelage, lui arrachant un ronronnement de plaisir.
__ Petite paresseuse. Rigolai-je.
Elle se blottie encore plus dans mes bras.
__ Bon, c'est pas tout mais j'ai des besognes à faire moi.
Je dépose la femelle sans qu'elle ne résiste, comme elle sait si souvent le faire, puis me faufile très rapidement dans la salle de bain. Je ne prends pas trop de temps là-dedans et donc dix minutes plus tard me voilà dans ma chambre.
Je mets ce qui me tombe sur la main à l'ouverture de ma penderie, ça sera le fameux pantalon large avec le pull qui fait deux fois ma taille. Je pense aux remarques que j'allais me ramasser à la gueule s'il m'arrivait de croiser ma cousine et je rigole. Pas vraiment facile, de vivre avec une fashionista: trop grands, trop de couleurs, habits qui s'amènent pas à un tel ou tel lieu... En bref trop d'exigences pour moi.
J'allai pour sortir sauf que la petite poilue a décidé de se mettre en travers de mon chemin. Je manquai de peu de me fracasser la gueule en voulant l'éviter, heureusement que j'avais eu le bon réflexe d'amortir ma chute en mettant en avant mes deux mains. Et c'est le nouveau miaulement de Layla qui me soutire un sourire.
__ Qu'est-ce-que tu peux être pénible, toi.
Elle miaula de nouveau. Elle miaulait beaucoup, je trouve. Je l'avais repris dans mes bras et m'étais rassise sur le lit, lui caressant affectueusement sa petite tête.
Dans sa robe claire, Layla a des yeux verts. Calme, elle adore les câlins.
__ Ça veut que t'es du même avis hm? Continuai-je, tout en poursuivant mes chatouilles tandis que Layla fermait les yeux comme pour me montrer à quel point, elle appréciait.
J'ai choisi ce prénom parce qu'en cherchant sur internet le prénom qui aurait un rapport avec une naissance pendant la nuit, c'est ce que j'ai trouvé. Oui parce que j'ai ramassé Layla dans la rue, un soir alors que je rentrais à la maison. Elle était encore toute petite, toute fragile et c'était à peine si elle pouvait bouger. Là, on comprenait vite fait que c'était une nouvelle-née.
Je l'avais pris avec moi, heureusement que les parents n'ont pas fait d'histoires. Elle était tellement mignonne.
Tout d'un coup, Layla se roula en boule et j'éclatai de rire. Cette chatte était à elle seule, un phénomène.
Lorsque j'ouvris les yeux, c'est pour tomber sur mon reflet étant assise en face du miroir. Il m'arrive pas souvent de me mirer dans un miroir, enfin pas pour détailler ma personne en tout cas: je ne m'y attarde pas.
Pas comme avant..
Je n'étais plus au temps où je me mettais devant cet objet, semblant me chercher, chercher à me comprendre: comprendre ma peur, ma fragilité, chercher ce que j'avais de si différent des autres pour élucider certains comportements à mon égard. Il y a de ces situations qui nous poussent dans nos plus profonds retranchements, à nous découvrir comme si l'on ne comprenait rien à ce qu'on était.
Mais ce ne sont plus que des souvenirs, la vie va si vite.
Ayant vécue avec une famille aimante, j'ai vécu une enfance fabuleuse. Moins pendant l'adolescence, le passage n'a pas été des plus facile parce qu'à ce temps là, on cherche une figure à copier, les parents ne peuvent pas tout contrôler. Le monde extérieur est assez bon acteur je trouve, parfois ils ne peuvent voir l'emprise qu'il peut avoir sur leur enfant. J'ai beaucoup tergiversé, me cogner au mur très dur de la vie, me relever par la suite, connaître de nouvelles personnes, de nouveaux sentiments en gros une connaissance plus large de la vie.
Avant d'être confronter à la dure réalité, je ne voyais qu'à travers ce que me renvoyait ma petite famille.
Quelques années en arrière, encore, j'étais cette jeune femme qui se battait corps et âme pour réussir et avoir de quoi rendre fiers ses parents et surtout le plus important, de quoi changer notre situation à tranquillité précaire: la vie devenant de plus en plus malaisée et périlleuse, le gain mensuel de mon père qui, à défaut de sa bassesse, ne pouvait combler que le strict minimum. En ces temps, maman n'avait pas encore implanté sa pâtisserie.
Maintenant j'ai l'impression de vivre ma pleine vie et je suis heureuse d'avoir atteint certaines objectifs personnels.
Oui certains..
Lorsque j'étais enfant, j'avais les yeux plus gros que le monde comme tout enfant, j'imagine. Je dirais bien que j'avais beaucoup d'ambitions mais ça immensément d'ambitions. Je me donnais à fond dans mes études et j'avais la ferme intention d'aller loin avec, vraiment loin.
Je voulais aussi laisser ma trace, inspirée par les récits de certaines grandes personnalités, que je lisais souvent. Des gens partaient de rien et faisaient des parcours exceptionnels: je me disais pourquoi pas moi?
J'avais tout simplement toujours été cet enfant, aux nombreux et grands rêves, boostée par les incessants compliments que l'on voulait bien me faire. J'accueillais ces derniers comme les plus beaux des cadeaux. On me verrait avec mon grand sourire sous un coeur en joie, lorsqu'on me sortait des " Oh mais c'est qu'elle est intelligente!" ou encore "Celle-là, elle ira bien loin". Et je m'étais déjà fait le chemin de mon destin en tête comme si j'en avais fait une étude exhaustive et que rien ne pourrait m'être étranger dessus.
À ce moment-là je n'étais pas dans l'idée de trop rêver, que j'allais beaucoup perdre sur le trajet et surtout je détenais pas ce destin en main. Ce dernier m'entraîna dans les tournants les plus improbables et la chute fut lourde de conséquences, j'irai jusqu'à dire que j'ai chuté de la plus haute falaise qu'il soit.
J'étais bien à l'école, même très bien, c'est ce qui m'a fait rêver grand. Mais il y avait une ombre au tableau ; j'étais la fille introvertie et naïve avec un petit côté timide : celle facilement influençable, exposée entièrement à certains évènements fâcheux du milieu scolaire.
Juste l'attention que j'avais sur moi à l'école m'empêchait de faire le tri de ceux qui m'entouraient. Pour moi, tout le monde m'aimait, cela me suffisait amplement alors je ne me souciais guère de l'envers du décor.
D'une classe à l'autre, plus je grandissais plus ma nature me rattrapait et je commençai à récolter quelques moqueries, des critiques par ci : c'était comme si je perdais de la valeur aux yeux des gens surtout du côté de mes amies de l'époque. Je ressentais leur hypocrisie dans le fond de mes entrailles, ça me brûlait méchamment mais je ne savais jamais quoi faire pour les contrecarrer. Cela me décevait d'être si faible.
Méritais-je cette méchanceté ? Et surtout pourquoi autant ? Je ne me posais que ces questions à longueur de journée.
Les soucis s'abattaient sur moi comme une pluie torrentielle. Je voyais passer le temps dans ma chambre plus à me morfondre qu'à étudier, enchainant peines et déceptions. Je n'en ai jamais parlé à mes parents. J'avais surtout honte de leur dire ce que je vivais au quotidien, je me sentais faible et nulle, ce n'est pas l'image que je voulais leur renvoyer, encore moins leur transmettre ma peine.
Je voyais certains continuer à progresser alors que moi, ne faisais que chuter et le plus dur a été en terminale, j'ai raté ma première fois. Ce fut un choc pour tout le monde, papa n'avait rien vu venir. Il m'a toujours laissé en libre arbitre dans mes études. Ne contrôlant pas mes devoirs, il se contentait juste d'attendre mes notes finales après chaque évaluation puis me recommandait où je devais apporter des ajustements.