Mon cœur maltraite ma cage thoracique. L'adrénaline procurée par la scène coule dans mes veines. Elle pulse dans tout mon corps. Les lumières sont éteintes. Je me concentre sur ma respiration. La foule en délire hurle notre nom.
« Gibs, Gibs, Gibs... »
Je tourne la tête vers mon frère, à la batterie, qui scrute le public. Un petit sourire naît au coin de sa bouche. Fender me regarde, attendant mon signal pour entamer notre chanson. Je ferme les yeux : mon rythme cardiaque accélère encore. Les concerts, c'est toute ma vie !
Je lève le bras. Les baguettes claquent l'une contre l'autre. Fender donne le tempo. Je me mets en position. La horde, dans la fosse, retient son souffle. Premier accord à la guitare. Les feux des projecteurs m'éblouissent aussitôt.
– BONSOIR, SEATTLE !
Le public hurle à pleins poumons. Je lui souris avant d'entamer ma chanson. Les filles, aux premières loges, sont hystériques. Je leur joue mon numéro de charme en me penchant vers elle pour toucher leurs mains tendues vers moi. Quelques-unes m'agrippent. Je croule sous les petits mots doux, que je laisse évidemment tomber. La scène tremble. Je ne fais plus qu'un avec elle.
Je suis Gibson Charms. Bienvenue dans mon monde !
***
– Putain, mec ! C'était de la folie !
Terry, notre bassiste, frappe mon dos pour me féliciter. Je chope une bouteille d'eau, avale une gorgée avant de la vider sur mon visage en sueur. Il a raison : ce concert, c'était de la bombe ! Une jouissance en puissance ! Je sens encore l'excitation parcourir mon corps.
Je range ma guitare dans son étui et la confie à Tom, mon manager, qui doit prendre soin de la mettre dans notre bus. Ce soir, nous retournons aux sources et je compte en profiter ! Après trois mois sur les routes, je le mérite bien. Nous allons rester deux jours. J'ai hâte de courir les fêtes et retrouver mes potes ! Je suis pressé de voir tout le monde et, surtout, de retrouver ma petite sœur chérie. Elle va être surprise de nous voir débarquer, nous qui lui avons assurée que c'était impossible. En parlant de ça, il faudrait peut-être que je me bouge ! Je dois rejoindre Justin dans trente minutes au GreenDay. Ma première scène était dans ce bar miteux puant la friture.
Lorsque Fender me rejoint, je remarque une belle trace de rouge à lèvres sur son cou.
– Où étais-tu, mon salaud ?
Il sourit et, comme à son habitude, il hausse les épaules.
– Tu t'es tapé une groupie ?
Un petit rire rauque sort de sa bouche.
– En plein dans le mille.
– Putain ! À peine rentré, tu baises déjà !
– Que veux-tu ? Faut ce qu'il faut, frérot.
Je lui en tape cinq avant de partir vers la sortie de secours pour ne pas être trop dérangé. Ce n'est pas que ça me gêne de signer des autographes ou encore d'accepter des photos, mais j'ai à faire.
Tom a déjà appelé un taxi. Nous nous y engouffrons Terry, Fender et moi. J'informe le chauffeur de notre destination :
– Au GreenDay, merci.
Le paysage défile bientôt. Même après trois mois, Seattle n'a pas changé d'un poil. Nous passons devant la Space Needle, signe que nous ne sommes plus très loin. Terry me donne un coup de coude dans les côtes pour me montrer l'immense queue à l'entrée du bar. C'est incroyable !
Fender demande au chauffeur de se garer dans une petite ruelle, sur le côté. Nous descendons dans l'ombre, comme des inconnus. De la fumée s'échappe du côté de la porte de secours. Max, le videur, écarquille les yeux, surpris, en nous apercevant.
– Putain de merde, les mecs !
Il jette sa clope. Après une bonne poignée de main, nous entrons à l'intérieur.
– Personne ne nous a prévenus que vous seriez là ce soir !
C'est vrai. Personne à part Justin, notre ami de longue date, ne savait que nous viendrions. Je suis sûr qu'il a fait circuler la nouvelle derrière notre dos.
Nous passons par les cuisines. Le boss ouvre grand la bouche quand nous apparaissons.
– Bordel de Dieu !
– Ferme-la, prends garde aux fantômes et à leur bite.
Je me prends un coup de poing dans le bras, mais il m'attrape pour me serrer fébrilement contre lui. Je ressens un tel sentiment de bien-être, en revenant ici ! Je vais en profiter un maximum !
Fender m'entraîne par le cou dans la salle principale. Je repère Carrie, occupée à servir les clients. Nous restons plantés là. Quelques têtes surprises se tournent vers nous. Nous distinguons sans mal l'étonnement sur le visage des gens. Ils ne bougent pas, respectant notre demande implicite du regard. Ma sœur me voit enfin. Son plateau lui échappe et ses yeux se remplissent de larmes. Elle reste figée avant de reprendre soudainement vie. Nous nous avançons : elle court vers nous pour nous sauter au cou. J'ai juste le temps d'enrouler mon bras autour de sa taille pour qu'elle ne tombe pas.
– Gibson !
Elle m'étreint au point de m'étouffer. Cette sensation est la meilleure que je connaisse. Carrie a beau être ma cadette de deux ans, elle est la seule à avoir du plomb dans la cervelle. Mon frère en profite pour claquer l'arrière de mon crâne. L'enfoiré sait que je ne peux pas me défendre. Carrie m'embrasse sur les joues. Je la repose à terre avant de glisser mes pouces sous ses yeux.
– Tu m'as manqué aussi, ma belle.
Elle renifle. Un petit sourire étire ses lèvres roses. Elle se tourne vers Fender, qui subit le même traitement. Je peux maintenant me focaliser sur les autres. Je serre des mains, claque des bises à n'en plus finir. Soudain, je repère une jolie brune devant la scène. Elle est vraiment à mon goût. Je suis sur le point de partir en chasse, mais Carrie attrape mon bras.
– Viens, j'aimerais te présenter quelqu'un.
– Ça ne peut pas attendre ?
Elle jette un œil dans la direction de mon attention, secouant la tête.
– Un jour, tu contracteras une MST.
Ma petite sœur me fait la morale, maintenant ? C'est le monde à l'envers ou quoi ? Je laisse filer ma magnifique créature. Je pêcherai plus tard. Ma sœurette me tire à m'en décoller le bras. Elle s'avance vers une fille penchée sur le bar, occupée à attraper quelque chose. Joli cul...
– Orhan !
La blonde se retourne : ses yeux bleus me transpercent. Je lui offre un sourire... et elle rougit avec violence. Super, une prude !
– Gibson, je te présente Orhan. C'est ma meilleure amie, alors sois gentil avec elle.
Hors de question de m'attarder. Je me penche vers Carrie afin d'embrasser sa joue, puis je tourne les talons. Sa copine est trop coincée pour moi. Je veux de la minette en chaleur et je sais où en trouver. Ma sœur me rappelle à l'ordre, mais je ne me retourne pas. Sur la piste, j'attrape ma jolie brune par les hanches. Je la plaque contre mon aine et ondule avec elle. Merde, qu'est-ce qu'elle bouge bien ! Je vais m'éclater, ce soir, c'est clair !