-Tu l'as dit toi-même, bébé. Nous allons avoir besoin d'aide, parce que tu ne pouvais pas « rester ici à rien faire lorsque nos vies sont en danger », me dit Nate en ayant l'air très sérieux.
-Oui et je me souviens que tu as répondu après que c'était une mauvaise idée ! répondis-je.
Ma louve s'était calmée, sûrement parce que Nate l'avait distraite avec toutes ses inepties ridicules. Ce qui faisait que j'étais capable de parler sans souffrir d'affreuses convulsions. Elle était toujours là : je pouvais sentir sa présence, mais mon attention n'était plus sur elle, maintenant, mais bien sur le cinglé qui était accroupi devant moi ! un cinglé avec de magnifiques yeux si l'on comprenait que je n'avais pas vu son visage depuis un moment.
-C'était avant que l'on apprenne que Kangrak n'était plus l'alpha, Amber.
Une vague de tristesse me fouetta. Kangrak avait toujours été très attentionné avec moi, jusqu'à ce qu'il accepte que son fils me mari de force. Il s'est fait pardonner dans mon cas lorsqu'il nous a laissé partir pendant la panique en promettant de faire son possible pour ralentir les plans de Raphel pour nous retrouver. Maintenant, rien ne retenait son fils. S'il l'on y pensait vraiment, je n'avais pas d'autre plan, mais c'était insensé.
-Ça ne fonctionnera pas, Nate, lui dis-je malheureuse. C'est impossible, je suis désolée.
-Où est passée mon Amber ? Celle qui n'avait peur de rien et qui ne reculait devant aucun obstacle ? implora-t-il. Peu importe où elle est, j'ai besoin d'elle maintenant pour me soutenir.
-Je ne sais pas où elle est Nate, mais même si je te supportais dans cette décision, cela ne fera que créer de faux espoirs, pas juste pour moi, mais pour nous deux.
-Ta copine a raison, le chien. Je ne sais pas de quoi tu veux bien parler, mais je n'aime déjà pas ça, dit alors Abdel.
Il nous regardait avec de grands yeux confus, comme s'il savait ou essayait de se convaincre que Nate devait être en train de faire une très mauvaise blague.
-Et de plus, Nate, il est hors de question que je travaille avec des gnolls. As-tu oublié tout ce qu'ils nous ont fait.
-Bien sûr que non ! Mais quel choix avons-nous ?
-Nous pouvons-nous cacher...
-Il est hors de question que je vous laisse aller. Ce Raphel compte déclencher une guerre entre votre clan et le mien ! Il dit qu'il possède une dizaine de clans qui seront ravi de combattre à ses côtés. Nous, les gnolls, nous n'avons aucun allié. Ce serait du suicide de ne pas faire ce qu'il demande.
-C'est ce qu'il vous a dit ? Que si vous ne nous délivrez pas, il attaquera ?
-Exactement, intervint alors un jeune chasseur, il ne semblait pas avoir finit son adolescence encore. Il compte s'en prendre non seulement aux hommes, mais aussi il menace les femmes et les enfants, dont ma futur compagne Helia.
-Et mes deux garçons, Uric et Enes, rajouta un chasseur baraqué d'environ deux-cents livres de muscles.
-Ma petite chérie, Venissa, joignit un autre.
-Ma femme Lyna.
-Mon conjoint Malek, dit encore un autre.
Les noms continuaient de fuser et je commençais, avec mon cœur tendre, à ressentir... de l'empathie pour eux, mais surtout, je ne pouvais supporter que Raphel tues autant de vie innocentes pour nous.
-Amber, nous ne pouvons le laisser faire, me chuchota Nate en me transperçant de son regard.
-Mais...
Je souhaitais de tout mon cœur empêcher Raphel d'agir, mais comment faire pour que ce clan accepte de nous aider. Pour l'instant, je devais le reconnaître, cette caste ne nous avait créé aucun problème, mais la haine qui s'était installée entre les gnolls et loups depuis des décennies, si ce n'est pas des siècles, ne pouvait disparaître en un clin d'œil.
-Abdel, écoutez-moi, se décida alors Nate. Même si vous nous donnez à Raphel, rien ne l'empêche de vous agresser ensuite.
Abdel, avec surprise, ne l'interrompit pas. Il fit un mouvement vers ses chasseurs pour qu'ils n'interviennent pas dans cette conversation.
-Prenez nous avec vous.
-Pardon ? s'exclama l'alpha.
-Vous êtes moins nombreux c'est vrai, mais si l'on coupe la tête du serpent avant qu'il puisse attaquer, il n'y aura aucune guerre.
-Nate ?
Que disait-il ? Il ne comptait quand même pas...
-Laissez-moi Raphel. Une fois lui battu, je serai alpha et rien ni personne ne touchera à vos familles. J'en fait la promesse.
Abdel lâcha un rire inquiétant. Un gros rire fort qui le fit presque tomber à la renverse. Il essuya des larmes imaginaires aux coins de ses yeux, prit une grande inspiration profonde et reprit son air sérieux.
-Toi ? Tuer un alpha ? Il possède une dizaine de clans à ses côtés, tu n'as aucune chance, le jeune.
-C'est mon cousin, j'ai toutes les chances. La colère l'aveugle, j'ai un avantage...
-Tu n'as aucun avantage ! C'est impossible de gagner. J'admire ton courage, cabot, et crois-moi, ça me coûte de te le dire, mais abandonne.
-Est-ce seulement ça qui vous empêche de nous prendre comme alliés ? demandai-je, espérant que la réponse soit positive.
Il parut vraiment réfléchir.
-Moi non plus, je ne suis dégoûtée, sans offense, à l'idée de faire une association avec des gnolls, mais je vous prie, implorai-je mes ravisseurs. Pensez à Helia, Uric, Enes et tous ceux que vous voulez protéger. Le seul moyen pour vous de garantir leur sécurité est de nous faire confiance. Nous sommes des loups, ils ne s'attendrons pas à nous voir sur le terrain.
Abdel regarda les siens avant de se décider :
-Il faut que je discute avec mes chasseurs. Je ne vous aime pas, les loups, ne crois pas le contraire, je veux simplement sauver mon peuple.
Il se leva et indiqua à ses chasseurs de la suivre hors de la pièce et barra la porte derrière lui. Je remarquai... qu'il a laissé Nate libre. Celui-ci me regarda et commença les manœuvres pour me détacher aussi en silence. Je n'ai aucune idée du nombre de minutes qui passaient à ce moment en silence, mais j'essayai de penser à un plan si, miraculeusement, les gnolls acceptaient notre offre. Je pensai à mon chez moi, à mes coussins qui m'attendaient encore dans ma tente bordélique. À la forêt qui ne finissait jamais dans le paysage avec ses arbres bouffis de feuilles, d'aiguilles, de cônes ou même de fruits. Ces pommiers qui faisaient de grosses pommes juteuses et rouges sans taches vertes comme celles des dessins animés. Des plans de framboises qui produisaient les meilleurs baies que la Terre ait connues. Les sentiers naturels, rocheux, remplient de ronces et qui, à pied, nous faisaient jurer pour chaque racine se trouvant dans notre chemin. Ces montagnes et...montagnes ? La voilà notre solution ! Le mont De La Pointe Enneigé ! La plus grande montagne du territoire. Le mont qui renfermait une légende sur une pièce remplie de miroir.
-C'est ça, Nate, j'ai trouvé ! criai-je, surexcitée.
Il sursauta et me regarda perplexe.
-Quoi ? Qu'as-tu trouvé ?
-Nous devons aller au milieu de la montagne !
-Quelle montagne ? Bébé, de quoi parles-tu ?
-Le mont De La Pointe Enneigé !
Il me regarda comme si j'avais perdu la tête.
-Amber, c'est impossible. La légende dit que le dernier loup qui y est rentré par mégarde à été retrouvé mort à son pied.
-Crois-tu vraiment qui y soit rentrer par mégarde ? Nate, la légende dit que le milieu du mont est une clarière aux murs de miroirs, lui dis-je en haussant les sourcils pour voir s'il me suivait. Quelqu'un doit avoir installé ses miroirs au départ, quelqu'un doit vivre dans cette montagne. Quelqu'un d'assez puissant pour tuer un loup adulte et mâle par-dessus le marché, sans faire aucun bruit. Cette personne peut nous aider !
-Amber, c'est trop dangereux. De plus, ce n'est qu'une seule personne.
-Personne n'est jamais seul. Il doit avoir des gens avec lui, des amis, de la famille...
-C'est non, Amber ! C'est déjà assez dangereux d'être dans la situation dans laquelle nous sommes en ce moment, je te laisserais pas te suicider pour n'avoir qu'un seul allié dont nous ne connaissons la nature. Non, non, nous trouverons un autre moyen.
-Il n'y a pas d'autre moyen ! haletai-je.
-Alors ce sera ça ! hurla-t-il. Mon plan sera celui que l'on emploiera. Je me chargerai de Raphel et rapporterai sa tête à Abdel.
-Et si tu ne réussis pas ? le provoquai-je.
-Alors tu dois t'enfuir, le plus loin possible.
-Tu es en train de me dire, de t'attendre. Te laisser prendre tous les risques, combattre ton cousin, l'alpha et que si tu meurs, de m'enfuir ? criai-je, ne croyant pas ce qu'il me demandait.
-Si c'est pour sauver des vies, ta vie ? Alors oui, souffla-t-il.
-Si tu penses que je vais te laisser faire, c'est que tu ne me connais pas assez, Nate.
-Est-ce tes derniers mots ? se fâcha-t-il en me répondant sèchement.
-Non. Mes derniers mots seront : « S'il le faut, j'irai sans toi. » finis-je par dire entre mes dents serrées.
Nous sommes restés silencieux depuis. Lui, furieux contre moi et moi, furieuse contre lui. Malgré le fait que je n'étais plus retenu par des liens, je suis resté au même endroit que lorsqu'Abdel et sa bande sont sortis. J'avais dit la vérité, je comptais y aller seule si nécessaire. De toute façon, si Nate échouait son fameux plan, j'étais condamnée. Apart lui, je n'ai plus rien à perdre. Lui, il a moi, mais il y avait aussi son père, Matteo, qui était toujours là-bas. Il devait s'inquiéter affreusement pour son fils ou se demander quelle mouche l'avait piqué pour qu'il cause cet affolement. Je me rappelle encore son regard lorsque Nate lui a dit qu'il devait me sortir de là. Nate... il a tout fait pour moi et moi, qu'ai-je fait ? J'ai peut-être sauvé son derrière plus d'une fois, mais il a frôlé la mort plus d'une fois pour sauver le mien. Je devais faire ça. Je devais me rendre à la montagne. Pour lui. Pour les femmes et les enfants qui risquent de mourir sous les griffes et les dents de Raphel et ses alliés. Pour Kangrak, mais aussi pour moi. Je savais le chemin, ou plutôt, j'en connaissais une partie. Ma louve se chargera du reste, car oui, mon instinct animal trépidait devant le devoir qu'il devra accomplir. Mais pour l'instant, je devais attendre que les gnolls reviennent. Ensuite, je partirai, que ça plaise à mon Nate ou non. Un déclic se fit entendre lorsque la porte se déverrouilla. Abdel et ses hommes pénétrèrent dans la pièce avec des airs sérieux, sauf un. Le plus jeune, celui qui allait se marier avec cette Helia. Il semblait désolé. Nate me prit la main, certainement pour que l'on puisse affronter la nouvelle, ensemble, mais je m'y arrachai. Je refusais qu'il me distraie par ses caresses et ses attentions. Abdel le remarqua et un éclat dans ses yeux m'indiqua qu'il retenait un rire, mais il se repris vite en main.
-Avez-vous discuté avec les vôtres ? demanda Nate irrité par mon rejet.
-Oui, acquiesça le chef en pinçant les lèvres et je retins mon souffle. Je crains que la réponse ne vous plaise pas malheureusement.
Mes épaules retombèrent d'un coup. La Déesse ne devait pas nous aimer beaucoup en ce moment pour nous faire vivre ces choses.
-Le clan a refusé votre offre, nous ne serons jamais alliés avec les loups, déclara-t-il en portant un ton dégoûté sur son dernier mot.
Voilà, c'était fini. Nous étions condamnés, ils allaient nous rendre à Raphel. Nate allait mourir par vengeance et moi j'étais maintenant destiné à porter les progénitures du nouvel alpha, menaçant d'être battu pour le plaisir.