Chapitre 4

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Je rentre chez moi le cœur gros, à deux doigts de pleurer toutes les larmes de mon corps en chemin. Je m'enferme dans la cabine de douche, consciente que j'ai franchi un point de non-retour, mais aussi incapable de regretter mon geste. Derrière mes paupières closes, je peux encore voir le regard blessé de Damien.

Ma main gauche me semble étrangement légère sans le poids du diamant à mon annulaire. Ce n'est pas le seul poids qui semble s'être envolé. Si je culpabilise un peu à l'idée de lui avoir causé du chagrin, je commence à réaliser l'ampleur de ce que j'ai fait.

Une fois dans la sécurité de ma chambre, je sors la carte de visite que Judie m'a donnée. De ma main libre, je compose le numéro inscrit dessus, puis colle le combiné à mon oreille.

— Allô ?

La chaleur dans sa voix m'évoque sa gentillesse et cette aura de bonté qui m'ont frappée dès sa première visite à la boutique, des années en arrière. C'est presque ironique. Une quasi inconnue a parfaitement vu à quel point Damien et moi sommes mal assortis, mais pas les seules personnes qui devraient avoir mes intérêts à cœur.

— Bonjour. C'est Juliette. Juliette Montélius.

— Bonjour, Juliette. J'espère que tu ne m'appelles pas pour décliner mon offre en fin de compte.

— Non, je dis avec un petit gloussement, je suis toujours partante. J'aimerais justement savoir à partir de quand vous auriez besoin de moi.

Judie n'émet pas un son, mais je peux voir un immense sourire se dessiner sur sa figure. Je souris aussi.

— Je suis très heureuse d'apprendre que tu te joindras à nous.

Il y a un blanc, et l'espace d'une seconde, je sais qu'elle est tentée de demander comment s'est passée ma discussion avec ma famille et Damien. Mais d'une façon, Judie sait que si ça a de l'importance, c'est aussi un sujet sensible. Il serait dommage de laisser ces nuages d'orage planner au-dessus de notre conversation.

— Nous repartons à la fin de la semaine, commence-t-elle, alors peut-être que tu pourrais venir à la fin de la suivante ? Ça me laissera le temps de préparer ton arrivée : qu'est-ce que tu en penses ?

— Ça tombe bien, je réponds sans hésiter, je devrais recevoir mon passeport d'ici quelques jours.

— Excellent !

Judie passe alors une bonne partie des dix minutes suivantes à me parler du petit village en dehors de Londres où ils habitent. Avec son bel accent, je ne suis pas sûre d'avoir correctement compris le nom, mais elle me promet de m'envoyer tous les détails par email. Elle aborde ensuite les aspects pratiques, me donne des conseils pour préparer mon séjour. Tout me paraît si tangible que je suis à deux doigts de battre des jambes en couinant d'excitation.

La réalité me rattrape toutefois le lendemain en même temps que maman qui déboule dans ma chambre au petit matin.

— Juliette Sophie Montélius ! gronde-t-elle. Dis-moi que tu n'as pas réellement rompu tes fiançailles avec Damien Chardon.

Je grogne en changeant de position dans mon lit pour être dos à elle. Elle marche droit vers ma fenêtre, ouvre les volets avec des gestes secs et laisse le mélange de courant d'air et de grosses gouttes de pluie mouiller mon plancher. Comme si c'était elle qui allait nettoyer l'immense flaque.

Je pêche mon portable quelque part dans mon lit. Il est tout juste sept heures.

— Ça ne peut pas attendre ? je marmonne.

— Tu sais que je ne tolèrerais pas ton insolence. Ton père et moi t'attendons à la table du petit-déjeuner.

Les mots sont chargés. Et je sais que ma mère appuiera sur la gâchette dès que je les aurais rejoints. Mais je suis déterminée à assurer ma propre défense.

The Summer I Met You [Sous contrat d'édition]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant