Traitements

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Début mars 2013

Maman fait son premier traitement aujourd'hui. Papa m'envoie une photo d'elle pour me rassurer. Je la reçois durant les cours. Il me dit qu'elle va bien, maman sourit sur la photo. En voyant ça, j'ai de l'espoir, ils me rassurent, je sais qu'on s'en sortira. 

A la fin du cours, papa me dit que maman a fait une réaction au traitement. Le Taxotère qu'on lui injecte lui a provoqué un malaise. Elle ne rentre pas ce soir... Maman va passer sa première nuit à l'hôpital. Je vais la voir ce soir là, mais quand je passe la porte, mon coeur se serre. Je vais devoir te laisser dans cet endroit lorsque sonnera la fin de la visite ? Je ne veux pas t'abandonner ici maman. Il le faut pourtant... Tu rayonnes, tu tiens la famille debout. Ton courage et ta force sont indescriptibles. Je t'admire tellement maman ! Il faudrait que tu te vois à travers mes yeux, tu saurais à quel point je suis fière d'être ta fille. Votre fille, à papa et toi. 

Je pose un baiser sur la joue de maman en espérant lui transmettre tout l'amour que je lui porte. Sortir de la chambre est une torture... J'ai mal maman, mais je me tais. 

A l'époque, on ne se doutait pas qu'il y aurait des centaines de nuits dans ces chambres du couloir G qui suivraient. 

Je suis triste, maman me manque ce soir. Elle doit se sentir si seule. Je craque dans mon lit, parce que je sais qu'ils n'ont pas besoin de devoir me réconforter en plus de tout ce qu'ils subissent déjà. 

Papa est triste, il est seul, notre chien nous rappelle ton absence. Elle t'appelle, mais tu es dans cette chambre sans nous. Il faudra passer au dessus de ces moments d'angoisses, de peur, de tristesse, pour pouvoir s'en sortir. 

Mi mars 2013

Papa m'emmène voir maman. Ses cheveux étalés sur son oreiller me font peur. Je ne veux pas voir maman les perdre. J'ai peur, parce que je vois la maladie qui gagne du terrain. Cette fois maman, elle est visible. Jusque-là, elle se terrait dans son coin. Aujourd'hui, la maladie m'apparait. Nous sortons avec papa acheter quelque chose, je lui fais la remarque. Il ne semble pas y avoir prêté attention. Il a peut-être peur comme moi ? 

Nous revenons et passons une partie de l'après-midi avec maman, elle est heureuse. 


Je revois encore son sourire s'étaler sur son visage rond, comme le mien. Comment pouvait-elle être aussi rayonnante, et si malade ? Tu as tenu notre famille à bout de bras. Si tu avais craqué, nous aurions tous lâché à notre tour. Mais jusqu'au dernier jour, même si tu as pleuré parfois, tu n'as jamais abandonné. Tu étais et resteras mon modèle à tout jamais. 


Il a fallu quelques jours pour que des trous se forment dans ses cheveux. Le pire ? Cela fait rire maman ! Elle les enlève en riant... Ils vont lui faire une perruque dans les jours qui arrivent. 

Le lendemain, maman a demandé à l'infirmière de lui raser la tête. Depuis le temps qu'elle voulait se couper les cheveux... Ca l'ennuyait que papa les préfère longs, alors maman passait son temps à dire qu'elle ne savait pas se coiffer, qu'elle voulait les couper plus courts. Mais papa aimait plus longs, alors maman les laissait... C'est ça aussi l'Amour. Aujourd'hui, elle ne peut plus dire qu'elle ne sait pas se coiffer ! 

Lorsque je viens la voir, elle a un foulard sur la tête. J'ai peur de la voir sans cheveux, je ne veux pas qu'elle l'enlève. Elle me demande si ça me dérange, et je lui réponds que je préfère qu'elle le laisse. 

Avec du recul, ce jour-là maman, j'ai du te blesser... Saches que je ne voulais pas te faire de mal, mais j'avais peur. Comme tu craignais de voir un serpent, j'angoissais à l'idée de voir la maladie s'installer en toi confortablement. 

Un jour, lorsque tu as pu rentrer à la maison, entre deux traitements, tu as demandé à mamy si ça ne l'ennuyait pas que tu ôtes ton bandeau. Elle t'a répondu qu'il n'y avait aucun soucis... Ce soir-là, j'ai vu pour la première fois que la maladie était présente. Elle t'attaquait, pendant que toi tu faisais front de tout ton être pour survivre. Après quelques minutes, je m'étais habituée à te voir le crâne rasé. Et tu sais quoi maman ? Tu étais aussi belle comme ça, parce que ton sourire était vrai, pur, sincère. 

Maman, si j'avais pu prendre la maladie, je l'aurais fait. Si j'avais pu prendre ta douleur, je l'aurais fait. Si j'avais pu ôter toute peur de ton coeur, je l'aurais fait. Maman, si j'avais pu le faire, je t'aurais sauvée.


SurvieWhere stories live. Discover now